"Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu'il vous faut."
Cicéron

dimanche 30 juin 2013

Gibier d'élevage de Kenzaburô Ôé

La présentation de l'éditeur :

En pleine guerre, un avion américain s'écrase dans les montagnes japonaises. Le rescapé est aussitôt fait prisonnier par les villageois. Or il est noir...

Aux yeux du jeune enfant naïf et émerveillé qui raconte cet épisode, sa nationalité, sa race, sa langue n'en font pas un étranger ou un ennemi, mais une simple bête dont il faut s'occuper.

Avis :
 
Enfant au moment de la seconde guerre mondiale, le narrateur nous relate quelques jours de son petit village perdu dans les montagnes japonaises.  Quelques jours où les villageois sont contraints « d’héberger » un soldat américain fait prisonnier et où ils découvrent, ébahis, que le détenu est noir : une première pour ces paysans qui voient avant tout en lui une bête…
Personne ne souhaite vraiment s’occuper de ce soldat ennemi, bien encombrant.  Chargé de lui apporter ses repas, le jeune enfant établit patiemment une communication avec le prisonnier.  A travers un soupirail, tous les enfants du village viennent observer la bête curieuse.  Peu à peu, le prisonnier est apprivoisé : il accompagne les petits paysans dans leurs jeux, se baigne en leur compagnie, …  Jusqu’au jour où les autorités décident de statuer sur son sort.
Dans ce court roman, l’auteur nous rapporte les souvenirs d’enfance du narrateur : à travers cet épisode un peu cruel, il découvre le monde des adultes, la guerre, qui jusque là semblait bien irréelle,  et la violence.  Il aborde ainsi la différence, la peur de l’inconnu, les cultures, dans une nouvelle qui date mais reste tristement intemporelle : un récit intéressant qui me donne envie de me pencher sur d’autres titres de l’auteur tels Une existence tranquille ou Une affaire personnelle.
 









Challenge Ecrivains japonais : Lecture du mois de juin, Kenzaburô Ôé

mercredi 19 juin 2013

Sweet Sixteen d'Annelise Heurtier

La présentation de l'éditeur :


Rentrée 1957.
Le plus prestigieux lycée de l'Arkansas ouvre pour la première fois ses portes à des étudiants noirs. Ils sont neuf à tenter l'aventure. Ils sont deux mille cinq cents, prêts à tout pour les en empêcher.


Cette histoire est inspirée de faits réels.


Avis


Dans les années cinquante, la ségrégation est d’application aux Etats Unis.  Pourtant les choses commencent peu à peu à bouger et en 1954, la Cour Suprême donne aux Noirs le droit au même enseignement que les Blancs.  La décision déclenche un tollé dans le Sud du pays mais le Lycée Central de Little Rock en Arkansas décide néanmoins d’enclencher le processus d’intégration.  Trois années seront nécessaires pour que les portes de l’école s’ouvrent pour neuf étudiants noirs soigneusement sélectionnés.

Une année difficile s’annonce pour ces neuf jeunes qui auront à affronter l’hostilité et la violence des Blancs mais aussi la distance, le rejet des leurs.  C’est cette année scolaire qu’entreprend de nous relater Annelise Heurtier, donnant la parole à deux de ses personnages : Molly, l’une des « neuf de Little Rock » et Grace, une jeune fille blanche, l’une de ses camarades de classe.

Les raisons de vous conseiller cet ouvrage me semblent nombreuses : d’une part, il s’agit en quelque sorte d’un devoir de mémoire, de la même manière que je vous encouragerais à lire l’excellent  album « Le bus de Rosa » de  M. Quarello et F. Silei.  Ensuite, difficile de se pas se laisser émouvoir par les événements relatés dans ce roman : l'injustice, la bêtise, la violence ne peuvent que toucher, révolter même.  Au delà de cette face sombre,  il ne faut pas oublier la petite parcelle d'optimisme cachée dans cette lecture : rien n'est immuable et contre toute attente, les choses peuvent évoluer.

D'autre part, passés ces points liés au sujet choisi par l'auteur, ce livre ne manque pas de qualités propres : fluide, percutant, précis dans les détails historiques, sans devenir lourd pour autant, ... Sans oublier le parallèle intéressant entre Molly et Grace, leur cheminement face aux événements de Little Rock : la première, ne manquant ni de courage, ni de ténacité, ayant choisi de s'impliquer. La seconde, issue d'une bonne famille bourgeoise, plutôt préoccupée par les garçons, son apparence et Elvis ... et qui, peu à peu, en vient à se poser des questions.

Autant d'éléments, donc, en faveur de ce roman que je ne peux que vous encourager à découvrir, quel que soit votre âge...


lundi 17 juin 2013

La fille de l'Irlandais de Susan Fletcher







Le résumé de l'éditeur  :

Eve, petite fille rousse et délurée, est recueillie par ses grands-parents à la mort soudaine de sa mère, dans un village au coeur du pays de Galles. À cause de sa chevelure rousse indomptable, elle doit faire face au mépris et à la méfiance. 
Mais lorsqu'une enfant disparaît mystérieusement, la vie des villageois bascule : enquête, soupçons et mensonges deviennent le quotidien. Au milieu de cette effervescence, Eve, perdue, tente de percer les secrets de sa vie et de sa naissance.

Avis :

Bientôt mère, Evangeline Green remonte le temps ; elle revoit la petite Evie qu'elle était à sept ans, à la mort de sa mère : contrainte de quitter Birmingham et de rejoindre ses grands-parents dans un petit village du Pays de Galles. 

Une enfant curieuse, vive, dégourdie... Une petite fille qui découvre la nature, les animaux, la beauté des paysages.   Mais qui tout en même temps, doit faire face, perplexe, au rejet de certains villageois, focalisés sur leurs sentiments pour l'homme dont ils reconnaissent les traits dans le visage de l'enfant.  Son père qu'elle aimerait tant connaître, dont elle voudrait au moins parler mais dont le souvenir n'éveille que mutisme et rancœur.  Juste un K gravé dans le rebord d'une fenêtre...

En marge de ces sentiments hostiles, Evangeline garde pourtant la trace de merveilleux souvenirs et de belles rencontres, parfois atypiques.  A l'image de Billy qui, défiguré par un cheval, vit en marge du village.  Elle se souvient également de Rosie, un peu plus âgée qu'elle : Rosie et ses patins à roulettes étincelants.  Rosie qui disparaîtra mystérieusement, cette année-là, marquant l'enfance d'Evie et l'histoire du village.

Dans un style tout en finesse et en sensibilité, Susan Fletcher nous fait découvrir les paysages du Pays de Galles : tout au long du récit, la nature est présente, un personnage à part entière aux côtés de la petite Evie.  Au beau temps ou au cœur des intempéries, à Pencarreg, dans cette maison construite tout en haut de la vallée.  Le grenier du village, là où le vent ne cesse jamais...

L'auteure nous entraîne dans le passé, à travers les souvenirs d'Evie ou les textes de sa mère, cachés dans une vieille boîte à chaussures.  Elle entrecroise ces rappels du passé avec les pensées de la jeune femme, sa vie actuelle et sa tout prochaine maternité. Le temps est venu de tourner la page, d'abandonner les secrets de l'enfance.


A l'image d'un bûcher sous la neige, ce texte met en avant la beauté des paysages, les échanges entre l'homme et la nature; Susan Fletcher  y mêle habilement souvenirs d'enfance et ajoute également un volet plus noir, avec cette disparition d'enfant qui marque tout le village et révèle sa face sombre.  Elle signe ainsi un roman dense, intimiste qui consacre la nature et nous remet en mémoire le poids du passé : une superbe lecture, pour laquelle je remercie les  éditions J'ai lu !

vendredi 14 juin 2013

Martyrs, tome 1 d'Oliver Peru

Lecture en partenariat : Un grand merci aux éditions J’ai lu  !

La présentation de l'éditeur :


Irmine et Helbrand, deux frères assassins descendant d’un ancien peuple guerrier, vivent dans les ombres de la plus grande cité du royaume de Palerkan. Alors qu’ils se croient à l’abri des persécutions dont ont souffert leurs ancêtres, leur passé sanglant les rattrape, sous les traits d’un borgne qui semble nourrir pour eux de sombres projets. Et tandis que la guerre menace d’embraser le monde, que les puissants tissent de noires alliances, ils vont devoir choisir un camp. Leur martyre ne fait que commencer.

Avis :

 
Profondément soudés, Irmine et Helbrand sont deux frères, assassins de métier: au cœur de la cité d’Alerssen, ils vivent en faisant profil bas et en adoptant une extrême prudence. Reconnaissables à leurs yeux d’or, ils appartiennent au peuple des Arsekers et la plupart des leurs ont été décimés sur l’ordre du roi Siegfried le clément. Aujourd’hui, c’est Karmalys, son petit-fils, qui est sur le trône du royaume du Palerkan et les temps sont durs. Les échos de révolte résonnent d’ailleurs à travers le pays…

 

La ville d’Alerssen a de tout temps acquis une réputation d’insoumission et la jeune Kassis est la dernière représentante de la famille régnante. Une fonction qui tient plutôt du châtiment : assignation à résidence, pouvoirs réduits, … Sa vie semble pourtant gêner et les tentatives d’assassinat sur sa personne inquiètent. C’est là qu’interviennent Irmine et Helbrand, enrôlés pour leurs compétences si particulières, chargés de protéger la jeune fille.

 

Me voici à nouveau face au même problème au moment de chroniquer un titre d’Oliv(i)er Peru : conquise par ma lecture, j’ai envie de mettre en avant les qualités de ce roman, tout en craignant de trop en dire.  Je pense que le mieux à faire est de vous conseiller de vous forger votre idée propre et de découvrir cet ouvrage par vous-même ! 

 

De l’action, du suspense, des héros charismatiques et attachants, des méchants à maudire, un destin injuste…  Tout y est pour faire de ce roman une lecture passionnante, méritant une mention « coup de cœur ». Et je ne vous ai même pas parlé de la fin…