"Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu'il vous faut."
Cicéron

mercredi 29 août 2012

La formule préférée du professeur de Yoko Ogawa

La présentation de l'éditeur :

Une aide-ménagère est embauchée chez un ancien mathématicien, un homme d’une soixantaine d’années dont la carrière a été brutalement interrompue par un accident de voiture, catastrophe qui a réduit l’autonomie de sa mémoire à quatre-vingts minutes. Chaque matin en arrivant chez lui, la jeune femme doit de nouveau se présenter – le professeur oublie son existence d’un jour à l’autre – mais c’est avec beaucoup de patience, de gentillesse et d’attention qu’elle gagne sa confiance et, à sa demande, lui présente son fils âgé de dix ans. Commence alors entre eux une magnifique relation. Le petit garçon et sa mère vont non seulement partager avec le vieil amnésique sa passion pour le base-ball, mais aussi et surtout appréhender la magie des chiffres, comprendre le véritable enjeu des mathématiques et découvrir la formule préférée du professeur… Un subtil roman sur l’héritage et la filiation, une histoire à travers laquelle trois générations se retrouvent sous le signe d’une mémoire égarée, fugitive, à jamais offerte…


Avis :

Il y a un petit temps que j’avais noté ce titre, j’ai eu la chance de le trouver en bouquinerie cet été.  Aussitôt acheté, aussitôt lu !  Pour ma plus grande joie…

Yoko Ogawa mêle, avec bonheur,  la magie d’une belle rencontre aux mathématiques et au base-ball dans un récit intimiste et poétique.   Elle met en scène un vieux professeur de mathématiques dont la mémoire s’efface au bout de quatre-vingts minutes et une aide-ménagère venue faciliter son quotidien.  Des notes épinglées sur sa veste permettent au professeur de garder une trace des faits importants.  Il porte ainsi un billet « la nouvelle aide-ménagère » illustré d’un dessin de la jeune femme.  Mention qu’il complètera quelques jours plus tard en invitant la jeune femme à amener son jeune fils sur son lieu de travail.  En raison de la forme de sa tête, il le surnomme Root (racine carrée) et adjoint à sa note initiale « et son fils de dix ans  ». 

Entre le trio, de profondes relations d’amitié se nouent et utilisent des vecteurs inattendus comme les mathématiques, le violon d’Ingres du professeur, ou le base-ball, une passion que partagent le vieil homme et le jeune garçon.   Pourtant le quotidien n’est pas toujours simple.  Ainsi, si le sport permet de réunir l’enfant et le professeur, il peut aussi générer quelques difficultés.  La mémoire du mathématicien étant bloquée en 1975, il s’attend, tout logiquement, à voir évoluer son joueur fétiche.  Un peu de ruse et beaucoup d’affection viendront vite à bout de ces obstacles, au final bien légers. 
 
Dans ce délicieux roman, Yoko Ogawa nous relate une superbe histoire faite de tendresse et d’humanité, un récit que je ne peux que vous inviter à découvrir.



Challenge Sport : 2/3

lundi 27 août 2012

Sous la Manche de Gilles Pétel




Quatrième de couverture :


«Il y avait longtemps, trop longtemps sans doute, qu'il n'avait éprouvé un intérêt aussi vif pour un meurtre. Il lui semblait soudain retrouver cette curiosité d'enfant qui l'avait conduit tant d'années auparavant à entrer dans la police. Il aimait les énigmes. Un crime n'était rien d'autre qu'une succession de questions. Comment ? Pourquoi ? Qui ? Des questions qu'il fallait souvent relancer de façon infatigable comme le font les enfants qu'aucune réponse ne satisfait jamais. Dis papa, pourquoi le Soleil tourne-t-il autour de la Terre ? Pourquoi n'y a-t-il qu'un seul Soleil ? Et la Terre ? Pourquoi elle existe ? Ce Burny était un peu comme l'univers. On ne voyait pas d'où il venait, on ne savait pas où il allait. Quant à savoir qui il était au juste, ce n'était pas gagné.»


Avis :

Le récit s’ouvre à Londres et nous présente John Burny, un agent immobilier, volontiers fêtard.   L’auteur nous décrit les dernières heures de ce quadragénaire londonien et les doutes qui l’assaillent au moment de s’embarquer à bord de l’Eurostar.  Prêt à partir passer le week-end à Paris, John hésite longuement et finit par prendre le dernier train.  Il sera assassiné, sous la Manche, au profit d’une panne et l’enquête est confiée à la police française.

En marge des tergiversations de John Burny, la journée a été longue pour le lieutenant Roland Desfeuillères, policier parisien : une affaire lui est tombée sur les bras au moment où il s’apprêtait à rentrer chez lui, bien disposé à passer une soirée calme en famille.  Rentré tard, harassé, il n’a pu éviter une dispute conjugale, une de plus…  Au fil des jours qui suivent, la situation se dégrade et Roland quitte le domicile familial, abandonnant femme et enfants.  Il profite de l’enquête sur le meurtre de Burny pour partir à Londres et s’imprégner de l’univers de la victime. 

Peu à peu, au cours de son séjour londonien, Roland prend la pleine mesure du déclin de son couple et s’imagine tout doucement une autre vie.  Découvrant les moindres détails du quotidien de Burny, il envisage l’existence d’une autre façon et voit des perspectives inattendues s’ouvrir devant lui.

S’il débute comme un roman policier, Sous la Manche met bien vite l’enquête de côté pour faire la part belle aux errances et aux interrogations du lieutenant Desfeuillères.  Gilles Pétel met à profit une enquête policière pour entraîner son lecteur dans une histoire aux dimensions plus psychologiques.   Les recherches passent finalement à l’arrière-plan et laissent la place à une dimension plus humaine, s’intéressant au lieutenant Desfeuillères et à ses problèmes conjugaux.  L’auteur nous présente un couple qui s’essouffle et se sépare ; il suit également chacun des protagonistes dans la nouvelle vie qu’ils se reconstruisent.  Ainsi, à Londres,  Roland met à jour de nombreux points qui le rattachent à la victime.  Petit à petit, il semble s’installer dans sa vie comme dans un costume confortable et s’y trouver bien.

Léger et réaliste, ce roman met en lumière les coïncidences qui existent entre John et Roland.  Il oppose également les traits de caractère propres aux Français et aux Britanniques.  Sur un ton caustique, il égratigne volontiers les uns et les autres.  Le propos est drôle, léger ; la lecture est plaisante et le voyage agréable.  N’hésitez donc pas traverser la Manche, à la suite du lieutenant Desfeuillères et à partager sa quête.






 

Lu dans le cadre des Chroniques de la rentrée littéraire : un grand merci à Abeline et aux éditions Stock !
 


jeudi 23 août 2012

Darling Lilly de Michael Connelly


Lecture en partenariat avec Livraddict et les éditions Points  : un grand merci à tous deux pour cette lecture passionnante !


Le résumé de l'éditeur :

Brillant scientifique, chef d’entreprise, le Californien Henry Pierce se sépare de sa petite amie. Il change d’appartement et de numéro de téléphone, mais reçoit désormais des appels étranges. Ces hommes veulent parler à Lilly, une call-girl. L’affaire prend un vilain tour lorsque Henry est tabassé par deux voyous. Qui se cache derrière cette histoire et pourquoi lui en veut-on à ce point ?

Avis :

Scientifique de génie, Henry Pierce a toujours vécu en faisant passer son travail avant tout.  Aujourd’hui, il en paye le prix : sa fiancée l’a quitté et il doit emménager dans un nouvel appartement.  Parmi toutes les obligations qu’implique un déménagement, le  numéro de téléphone qui vient de lui être attribué semble lui causer quelques soucis.  Il aurait appartenu à une call-girl nommé Lilly et figure toujours sur un site internet.  Henry est donc constamment dérangé par des appels destinés à cette Lilly et décide de la contacter pour régler le problème.  Malheureusement, Lilly reste introuvable et Henry se trouve mêlé à ce qui apparaît à première vue comme une sombre histoire de prostitution et de meurtre.  A première vue seulement…

Darling Lilly est un roman qu’il est très difficile d’abandonner une fois entamé.  Sous la plume de  Michael Connelly, les pages tournent toutes seules et le lecteur est captif.  Le trait est vif, incisif.  Au fil du récit, à travers les pérégrinations d’Henry, le suspense est entier et les coupables potentiels sont légion.  Si je n’ai pu m’empêcher de m’interroger face au refus obstiné du héros de simplement changer de numéro de téléphone, j’ai trouvé dans les pages la réponse à toutes mes questions.  Michael Connelly a vraiment pensé à tout.  Il s’y entend pour captiver son public et distiller au compte-gouttes les indices jusqu’au dénouement final. 
 
Pour les habitués de l’auteur, Harry Bosch ne figure pas cette fois au casting mais quelques références à ses enquêtes sont disséminées dans l’ouvrage.  En tout cas, quel qu’en soit le héros, le récit est toujours aussi efficace et le résultat  impeccable.  J’avoue m’être régalée…  Un grand merci à Livraddict et  aux éditions Points  pour cet excellent polar !


  Logo Livraddict

La Nuit du Solstice de L.J. Smith

Lecture en partenariat avec Livraddict et  les éditions Michel Lafon  : un grand merci à tous deux pour cette découverte !
                                                                                                                         
La présentation de l'éditeur :

La maison sur la colline est un lieu étrange… Irrésistiblement attirée par le mystère qui s’en dégage, Claudia implore ses soeurs et son frère de l’y accompagner. Là-bas, ce ne sont pas les toiles d’araignées et les murs poussiéreux qui les attendent mais un tout autre monde, Féerie, où règne une puissante et ancienne magie.
Cependant, l’équilibre de cet endroit est menacé depuis la disparition de la gardienne des portes, Morgana. Et un terrible mage noir s’apprête à semer le chaos dans le monde des humains. Afin de l’en empêcher, la jeune fille et ses compagnons devront tout faire pour libérer Morgana du sortilège qui la retient prisonnière. Mais comment ne pas s’égarer dans un univers aussi étrange qu’imprévisible ?

Avis :

Attirée par sa superbe couverture, j’ai profité de l’occasion pour découvrir, à travers La nuit du solstice, la plume de L.J. Smith, qui semble tant plaire à mes ados.

J’ai donc découvert, via cette intégrale en deux parties, la fratrie Hodges-Bradley  emmenée par sa cadette Claudia dans un monde féérique insoupçonné.  L’aînée est Alys, sympathique et attentionnée.  Viennent ensuite les jumeaux, Charles et Janie, fort dissemblables : lui passionné de science-fiction, elle purement rationnelle.  Claudia est la petite dernière, un vaillant petit soldat d’après sa maman.  Attirée par une renarde dans une maison étrange de son quartier, Claudia se voit confier une mission un peu compliquée pour une petite fille.  Elle doit à son tour persuader ses frère et sœurs de se rendre, tous ensemble, au manoir, à la nuit tombée.  Convaincue de l’importance de cette tâche, Claudia réussit pourtant à la mener à bien, ce qui va marquer l’entrée des enfants Hodges-Bradley dans le monde fascinant de Féerie. 

Dans ce premier tome, les enfants doivent protéger leur monde des sorciers qui menacent de l’envahir, en aidant la renarde à retrouver sa maîtresse Morgana, la gardienne des portes.  Un volet qui met en place un univers original et intriguant.  Cette histoire permet également aux enfants d’agir en équipe, de découvrir et d’apprécier  les qualités des uns et des autres, eux qui avaient l’habitude de cohabiter sans se connaître vraiment.

La deuxième partie prend place dix-huit mois plus tard.  Le temps a passé et Janie est maintenant l’apprentie de Morgana.  Claudia, elle, a le pouvoir de comprendre le langage des animaux.  Un tremblement de terre intrigue Morgana qui perçoit une menace et décide de vérifier les portails menant à Féerie.  En son absence, les enfants se rendent compte que ses craintes sont avérées et décident d’intervenir à leur tour.  Leurs nouvelles aventures les amèneront à découvrir des personnages tirés des légendes de la Table Ronde, tels Merlin et le Roi Arthur.  Ces éléments sont d’ailleurs intégrés dans le récit de manière originale, via les rêves d’Alys.

Si j’ai aimé suivre les aventures des enfants Hodges-Bradley dans l’univers créé par l’auteure, j’ai parfois ressenti une sensation de manque, l’impression d’avoir pris le train en marche.  J’aurais aimé en savoir plus sur ce monde et ses fondements, afin de pénétrer au mieux le récit.  Je suis bien consciente qu’il s’agit ici d’un récit destiné à la jeunesse mais je ne pense pas que là soit le problème.  De la même manière, l’action est parfois embrouillée, difficile à suivre.  Je pense notamment aux scènes finales des deux tomes.  Je dois, par ailleurs, souligner que le deuxième volume m’a semblé plus abouti, plus captivant ; j’ai davantage apprécié ma lecture.

 Je terminerai donc en mettant en avant un univers intéressant mais insuffisamment abouti ;  je reste donc sur cette impression de trop peu : une base excellente mais qui aurait gagné à être étoffée.  Un grand merci à Livraddict et  aux éditions Michel Lafon pour cette lecture en partenariat.
 
 
Logo Livraddict