"Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu'il vous faut."
Cicéron

lundi 31 juillet 2017

Cœurs artificiels de Laura Lam

Lecture en partenariat : merci au  Livre de Poche pour cette lecture !

Le résumé de l'éditeur :

Élevées dans une secte refusant toute technologie, les sœurs siamoises Taema et Tila rêvent d’une vie libre. À seize ans, elles fuient à San Francisco, où elles sont séparées et dotées chacune d’un cœur artificiel.

Dix ans plus tard, Tila rentre un soir chez sa jumelle, terrifiée et couverte de sang. Elle est arrêtée pour meurtre – le premier commis par un civil depuis des années. Tila est soupçonnée de frayer avec le Ratel, organisation criminelle impliquée dans le trafic d’une drogue interdite. Une substance permettant d’assouvir les pulsions les plus violentes... dans les rêves. Taema a la possibilité de se faire passer pour sa sœur afin de l’innocenter mais, autrefois incapables de se mentir, les jumelles vont découvrir le véritable prix des secrets.

Avis 

Dans un San Francisco futuriste, le crime a disparu et bien sûr, les voitures volent.  Taema et Tila sont jumelles et siamoises : elles ont vécu coupées du monde jusqu'à l'âge de seize ans, lorsqu'elles ont rejoint la civilisation, leur unique chance de survie.

Séparées et vivant chacune grâce à un cœur artificiel, elles se sont bien intégrées à la société et mènent une existence a priori sans histoire.  Le soir où Taema découvre que sa sœur est accusée de meurtre, un fait devenu rarissime, elle n'hésite pas à lui venir en aide et à mettre sa propre vie en danger.

Coeurs artificiels combine science-fiction et enquête policière : Taema cherche à sauver sa soeur et endosse son rôle dans des recherches plutôt mouvementées.  Les chapitres reprennent ses aventures et alternent ensuite avec le récit de Tila qui détaille leur enfance et leur fuite vers le monde civilisé. 

Dans sa quête, Taema découvre un univers corrompu et manipulé : la violence a bien disparu mais la méthode est discutable.  Tout cela pose question et l'auteur met en lumière des thèmes comme l'addiction, les sectes, la disparition des crimes... ce qui donne de la densité au récit.  

J'ai de loin préféré les souvenirs d'enfance de Tila au récit au présent de l'enquête de Taema.  Je ne suis pas vraiment entrée dans l'univers mis en place par Laura Lam, ne ressentant pas d'empathie pour les jumelles et c'est donc sur une note en demi-teinte que je referme ce roman.


samedi 29 juillet 2017

Les quatre saisons d'Agathe d'Albane Devouge


Lecture en partenariat avec Babelio et les Editions Hors Collection: un grand merci !

La présentation de l'éditeur :

Fête du travail, Saint-Valentin, 1er avril... Tout est prétexte à des illustrations qui ne manquent jamais d'humour et abordent, avec légèreté, la solitude ou encore les soucis d'argent, la recherche d'emploi, ou tout simplement la perplexité que nos infrastructures nous inspirent la plupart du temps.

Avis :

En découvrant les quatre saisons d'Agathe, Albane Devouge nous invite à partager la vie et les pensées d'Agathe durant une année.  Une année faite de chômage, d'idées sympathiques, de mois un peu justes, d'aventures cocasses et de petits bonheurs partagés avec son poisson rouge, Rodolphe...  faute d'amoureux!

Le trait, vif et sensible, est rehaussé de touches de couleurs, avec une place de choix pour le rouge. Il s'allie bien aux propos incisifs et aux questions impertinentes de la jeune femme. Le ton se veut léger et optimiste : peu importent le climat ou les perspectives d'avenir, Agathe garde le sourire et cherche à le partager. 


L'enjeu est de taille mais Albane Devouge réussit à séduire le lecteur avec son style frais et poétique.  Pour prolonger cette cure de bonne humeur et découvrir d'autres aventures d'Agathe : L'agenda d'Agathe porte un regard pétillant sur le quotidien.



jeudi 27 juillet 2017

Acquanera de Valentina D'Urbano


La présentation de l'éditeur :

Après dix ans d’absence, Fortuna retourne à Roccachiara, le village de son enfance perché dans les montagnes du Nord de l’Italie, qu’elle croyait avoir définitivement abandonné. La découverte d’un squelette qui pourrait être celui de sa meilleure amie, Luce, lui a fait reprendre le chemin de la maison. C’est l’occasion pour la jeune femme de revenir sur son histoire, de régler ses comptes avec le passé et en particulier avec sa mère, la sauvage Onda dont elle n’a jamais été aimée.

Ainsi débute ce récit sur quatre générations : quatre générations de femmes – Clara, Elsa, Onda et Fortuna – qui ont vécu en autarcie année après année, privées d’hommes, marquées comme au fer rouge par d’étranges dons qui les ont placées en marge de leur communauté. Au terme de cette plongée aux origines, Fortuna pourra-t-elle s’engager sur le chemin de la reconstruction et de la réconciliation ?

Acquanera aborde avec force et sensibilité les thèmes des relations maternelles et filiales, de la transmission, de la mort, de la différence et de l’amitié. Avec ce deuxième roman symbolique et poétique, Valentina D’Urbano confirme son singulier talent.

Avis :

En apprenant la découverte d'un corps dans les bois proches du village où elle a grandi, Fortuna met un terme à sa longue absence et décide de rentrer affronter sa mère Onda.  Elle décide ainsi de tirer un trait sur le passé et choisit de revenir sur une histoire familiale un peu hors du commun.

Par petites touches, depuis Clara Castello, Fortuna nous livre le destin des femmes de sa famille, des personnalités fortes et impressionnantes.  Des qualités qui, de tout temps, les ont tenues à l'écart de la vie du village.

A Roccachiara, l'eau est omniprésente : elle borde le village, berce le quotidien des villageois et accompagne les étranges dons des femmes de la famille de Fortuna.  C'est également elle qui donne son atmosphère au roman, l'enveloppant d'un voile gris et pesant. 

Ce poids entoure surtout les femmes de la lignée de Fortuna, révélant leurs pouvoirs et en faisant quasi une malédiction: le village a besoin d'elles mais les accepte mal.  A travers ces portraits de femmes dures mais très humaines, Valentina D'Urbano nous entraîne dans une saga familiale envoûtante, un texte qui frôle le fantastique et mêle avec bonheur mystère et magie.  Une heureuse découverte que je dois à Owlygirl du blog Bookowlic: merci encore !


lundi 17 juillet 2017

Aelfic de Patrick Mc Spare

Lecture en partenariat : merci aux éditions Scrinéo et Emilie pour cette découverte passionnante !

La présentation de l'éditeur : 

Le voyage initiatique d’un jeune adolescent dans le monde des elfes, entre danger et émerveillement

Comme chaque été, Ael profite des vacances avec ses parents.  Hélas, cette année, elles tournent rapidement au drame.

Projeté dans le monde des Neuf Forêts, Ael croit d’abord faire un cauchemar. Puis il s’interroge. Est-il fou ? Est-il mort ? Ni l’un ni l’autre. Lylidra, la jeune apprentie magus, Mouk, l’étrange ouistiti qui parle, Queen Mama et tous les autres elfes existent vraiment.

Prisonnier de cet univers fait de magie, de dangers, de traîtrises, Ael doit survivre et sauver ses parents. N’importe quel garçon de quatorze ans échouerait. Mais Ael est désormais Aelfic, mi-humain, mi-elfe. Et il compte bien se montrer à la hauteur de l’enjeu !

Avis : 

Visites touristiques et perfectionnement de son anglais sont au menu des vacances que passe Ael avec ses parents dans le comté du Whiltshire : un programme qui réjouit le jeune garçon.  Pourtant ce voyage est violemment interrompu par un étrange accident de voiture à proximité du site de Stonehenge.

En se réveillant après le choc dans une forêt inconnue, Ael est un peu désorienté : rapidement, il comprend qu'il a été transporté dans un autre monde et cherche à retrouver la sécurité de son univers.  Un groupe d'elfes vient alors à son aide et Ael réalise alors que son retour ne sera pas simple. 

Pour réintégrer sa propre vie, il devra traverser le monde des neuf Forêts, un endroit inconnu et parfois dangereux. Même s'il est maintenant à moitié elfe et possède quelques pouvoirs, une quête mouvementée attend le jeune Aelfic.

En s'attachant aux pas d'Ael et de ses parents, Patrick Mc Spare nous transporte, à première vue, dans un récit assez classique et sans surprise.  Pourtant, très vite, à l'image d'Ael, devenu Aelfic, basculant dans un univers parallèle, le lecteur se retrouve plongé dans une aventure qui se révèle plus complexe que prévu : des mondes divers et surprenants qui s'imbriquent pour former le domaine des neuf Forêts. Il en va de même pour les habitants et leur mode de vie.

L'univers ainsi mis en place est complexe et son histoire est solidement étayée : cette société n'est pas bâtie sur du vent et Aelfic le comprendra rapidement, la situation actuelle trouve son origine dans des événements bien lointains et des querelles ancestrales.  Y évoluer, en cherchant un moyen de regagner son monde, amènera Aelfic à se poser de réelles questions sur notre société et son mode de fonctionnement.

Partagé entre deux mondes, Aelfic mettra tout en œuvre pour les concilier et fera preuve de son caractère et de sa détermination: dans sa quête, il se fera des alliés, des personnages hauts en couleurs, drôles et attachants.  Une équipe que j'aurais aimé suivre dans d'autres aventures fantasy aussi inspirées que celle-ci.  Qu'à cela ne tienne, Patrick Mc Spare a semé dans ce roman quelques petits cailloux blancs menant à ses autres séries : les Hauts Conteurs ou les Héritiers de l'aube, d'excellents choix également !


vendredi 7 juillet 2017

La lanterne des morts de Janine Boissard

Lecture en partenariat : un grand merci à Gilles Paris pour cette découverte.

La présentation de l'éditeur :

Lila et Adèle sont sœurs. Belle, brillante, passionnée, Lila ne rêve que de mener la grande vie. Hélas elle est victime de bipolarité, cette terrible maladie où le meilleur côtoie le pire. Adèle est douce, tendre, responsable.

Les années passant, de lourds soupçons pèsent sur Lila. Autour d’elle, plusieurs événements tragiques, toujours liés à des affaires d’argent. Mais sans jamais la moindre preuve.

Voyant sa sœur s’attaquer à celui qu’elle aime, les yeux d’Adèle s’ouvrent enfin. Menant une discrète enquête, elle découvre la vérité. Mais cela suffira-t-il à sauver Vivien ?

C’est dans les beaux paysages du Périgord Noir, où flottent les arômes de truffe et de bon vin, que se passe cette histoire de famille comme Janine Boissard excelle à les raconter, mêlée d’un suspense qui ne faiblit jamais.

Avis 

Sept ans séparent Adèle et Lila et leurs caractères respectifs creusent encore l'écart entre les deux sœurs.  Autant Adèle est calme et réfléchie, autant Lila est exubérante et emportée.  Dès leur petite enfance, Adèle est passionnée par l'héritage familial, la truffe; Lila rêve plutôt de s'amuser.  Depuis toujours pourtant, Adèle est fascinée par cette sœur tellement brillante.

Mais c'est la maladie qui explique le comportement instable de Lila: l'adolescente souffre de bipolarité.  A la mort de leur mère, elle part vivre chez sa marraine à Bordeaux et profite de sa liberté.  Le temps passe et les deux sœurs suivent des chemins bien éloignés : Lila en Espagne menant une vie de fête auprès d'un mari très épris et Adèle à la tête du domaine familial, espérant l'amour de Vivien un ami d'enfance, qui dirige avec brio la propriété viticole voisine.  Lorsque Lila réapparaît subitement, la situation entre les deux sœurs semble avoir évolué...


Un caractère instable et imprévisible, des secrets trop longtemps tus, le poids des traditions, un style sensible et délicat et, pour couronner le tout,  une région magnifique comme écrin à une histoire de famille difficile à lâcher : le suspense est là et l'angoisse monte.  Sans vouloir trop y croire car cette Lila semble si vive et charmante et Adèle est si douce... Pour découvrir les surprises que réserve le duo formé par Adèle et Lila, il ne reste qu'à vous plonger dans les mystères du Périgord Noir en compagnie de la lanterne des morts.

lundi 26 juin 2017

La merveille imparfaite d'Andrea De Carlo


Lecture en partenariat : un grand merci à Gilles Paris pour cette découverte.

Le résumé de l'éditeur :

L’automne en Provence : les premiers froids de l’hiver alternent avec les dernières chaudes journées d’été. Un événement va marquer la fin de cette saison : un grand groupe de rock anglais, les Bebonkers, prépare un concert caritatif en l’honneur du troisième mariage de son très charismatique chanteur, Nick Cruickshank. Les préparatifs vont bon train et tout s’organise sous l’oeil attentif de la future mariée.

Dans la petite ville de Fayence, Milena Migliari, une jeune Italienne, crée des glaces exceptionnelles avec une attention d’artiste. Elle a délaissé les hommes depuis longtemps et vit avec Viviane. Leur relation est solide et calme, à l’opposé exact de ses glaces évanescentes. Dans quelques jours, Milena va commencer, sans grande conviction, un traitement hormonal pour tenter d’avoir un enfant. Elle hésite à partager ses interrogations avec sa compagne, tout comme Nick, qui se demande depuis quand son histoire d’amour s’effiloche. C’est ainsi qu’une rock star anglaise et une jeune artisane italienne vont voir leur destin se croiser… et se jouer en trois journées très particulières.

Avis 

Châtaigne, kaki ou encore fleur de lait, voici un aperçu des glaces hors du commun que prépare Milena dans sa petite boutique de Fayence.  Elle y met tout son cœur, recherchant des produits d'exception au fil des saisons, attentive à créer un produit inoubliable mais pourtant fugace.

Non loin de là, Nick Cruickshank, leader du célèbre groupe des Bebonkers, est sur le point de se marier pour la troisième fois.  Pour l'heure, la situation se résume en préparatifs pharaoniques et invités capricieux.  Au milieu de cette agitation, Nick traîne la cool attitude qui a fait sa réputation, espérant désespérément la plénitude de la Provence en automne.

Entre glace et rock'n roll, la rencontre de Nick et Milena est plutôt improbable.  Pourtant, à la grâce d'une panne de courant inattendue, les voilà réunis dans une rencontre bouleversante.

Glace et romance semblent annoncer une lecture d'été légère et éphémère.  Il n'en est pourtant rien ici : Andrea De Carlo se plaît à creuser ses personnages, leurs sentiments et leur psychologie, à décortiquer leur situation, égratignant au passage le statut de célébrité et une société artificielle, vide d'âme.  Il nous offre ainsi une romance psychologique dans un cadre envoûtant, relevée d'une pointe de gourmandise.  A l'image des glaces de Milena, un parfum sensible et exceptionnel.  Une lecture à savourer !


mercredi 21 juin 2017

Il faut se méfier des hommes nus d'Anne Akrich

Lecture en partenariat avec Babelio et les Editions Julliard: un grand merci !

La présentation de l'éditeur
 :

« Si Dieu ne s'était pas mis en tête de planter ce foutu jardin en Éden, on n'en serait pas là. Si, au milieu de ce jardin, Il n'avait pas fait pousser l'arbre de la connaissance, la femme n'aurait pas croqué dans le fruit et ne l'aurait pas tendu à l'homme. Tout le monde serait resté nu. On aurait continué à cultiver sagement la terre et à dompter les fleuves. Si l'homme-poussière et la femme-côtelette n'avaient pas entrepris de se venger en lançant la rumeur de l'Éden, leurs descendants n'auraient pas eu cette idée fixe : retrouver le jardin ! Ils n'auraient pas construit de beaux bateaux pour partir à sa recherche. Ils n'auraient donc jamais trouvé Tahiti, ni ne l'auraient baptisée ainsi : Paradis perdu. S'il n'avait pas été perdu, personne n'aurait songé à le retrouver.
Pas même Marlon Brando. »

À mi-chemin entre la biographie tragi-comique d'un monstre sacré du cinéma et le thriller introspectif, ce roman jubilatoire dynamite en un seul récit deux mythes toujours enracinés : le glamour hollywoodien et le paradis terrestre.

Avis :

Chargée d'écrire un scénario sur la période tahitienne de la vie de Marlon Brando, Cheyenne Cohen se voit contrainte de retourner à Tahiti après une dizaine d'années d'absence.  Elle y a passé son enfance et y a vécu des heures douloureuses partagées avec sa jumelle.  Son endroit de naissance et son prénom en ont fait la personne parfaite pour réaliser ce scénario.  Reste à voir comment elle va mener sa mission à bien, une fois arrivée au Paradis perdu et confrontée à sa famille, aux caprices d'Hollywood, aux souvenirs tragiques, à la drogue omniprésente sur l'île...


Mêlant fiction et réalité, satire et une pointe de thriller, ce roman est plutôt atypique : il met en lumière la vie de Marlon Brando mais en gomme parfois la vérité pour plaire à Hollywood.  Il se focalise également sur Tahiti qui a su séduire Brando mais montre que sous le soleil, tout est loin d'être rose.  Sans cesse, Anne Akrich semble souffler le chaud et le froid en appuyant là où ça fait mal.  Le cinéma hollywoodien est loin d'être épargné, stigmatisé dans sa folie et ses rêves de grandeur. Le ton est caustique, vif; le style est fluide et l'ensemble se lit sans déplaisir.  Une lecture plaisante, magnifiée par sa couverture et son titre !